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Les “miracles du Coran” & interprétations des religions

Durant mon long voyage en autostop, j’ai souvent été confronté à des personnes très croyantes, pratiquant leur religion de manière intense. Et c’est lors de mon séjour en Iran, hébergé par la famille de Sana*, une formidable hôte, que j’ai entendu parler pour la première fois des “miracles du Coran”. On m’a alors montré une vidéo édifiante à ce sujet : on y voyait un homme debout devant un public, affirmer (exemples à l’appui) que certains passages du Coran ne peuvent être qu’une retranscription de la parole divine ; car ces faits, principalement reliés aux domaines de la biologie ou de l’astronomie, auraient été confirmés scientifiquement que bien des siècles plus tard! Intrigué, j’ai décidé d’entreprendre quelques recherches historiques et théologiques pour comprendre cela, et formuler une réponse complète à Sana qui m’avait demandé mon avis…

 

I. Les “miracles du Coran”

 

Je n’ai pas retrouvé exactement la même vidéo qui m’avait été montrée, mais voici une autre avec le même discours, sans les effets visuels. Le discours est tellement frappant qu’il m’a d’abord laissé bouche bée devant les membres de la famille hôte (qui pensaient sans doute m’avoir converti). Dans cette vidéo, on y voit un homme debout devant un public, Zakir Naik, parler et “démontrer”, exemples à l’appui, que la science ne fait que prouver ce qui était déjà écrit dans le Coran des siècles auparavant.

Zakir Naik raconte, entre autres, que le Big Bang fut seulement expliqué scientifiquement il y a 30 ou 40 ans, alors que selon lui un verset du Coran en parlait déjà. Sur le même principe, il affirme que la lumière de la Lune n’étant que la réflexion de la lumière du Soleil a été prouvé il y a 200 ans, alors que c’est pourtant mentionné dans le livre sacré écrit il y a presque 1400 ans…

Comment est-ce possible qu’un livre saint, le Coran en l’occurrence, écrit au 7e siècle après J.C, puisse avancer de telles vérités scientifiques prouvées bien plus tard?

 

Premièrement, tout l’argumentaire est basé sur le fait que le Coran mentionne en premier un fait; et par conséquent que ce livre détient des vérités. Sauf qu’entre mentionner un fait et le démontrer, il y existe une énorme différence! Aristote a ainsi été le premier homme connu à avoir tenté de démontrer que la terre était ronde… doit-on le vénérer comme un Dieu?

Deuxièmement, la question de l’interprétation rentre en jeu: en effet, on peut donner n’importe quelle interprétation à partir d’un texte suffisamment allusif. C’est comme ça que certains ont vu, dans les écrits de Nostradamus, que le 11 Septembre allait se produire, de même que la crise financière de 2008.

De plus, il y a un réel danger à considérer un texte religieux, quel qu’il soit, comme une réalité scientifique – car cela amène certaines personnes à considérer que leur religion est l’unique, la bonne et vraie façon de pratiquer sa foi (exemple dans cette vidéo). Et forcément, supérieure aux autres religions.

 

 

Anti-argumentation de ces “miracles”

La technique utilisée pour convaincre dans cette vidéo initiale est très simple: partant d’un postulat (par exemple: “ce phénomène a été prouvé scientifiquement au 19e siècle”), le narrateur évoque ensuite les écrits d’un livre du 7e siècle (le Coran) mentionnant ce phénomène pour mieux conclure que le Coran établit des vérités scientifiques, issues de parole divine. Or il suffit de modifier un peu le postulat d’origine pour transformer complètement la conclusion… Lorsque j’ai fait quelques recherches, je me suis aperçu que la réflexion de la lumière du soleil sur la lune était évoquée plus de 1000 ans avant la naissance du prophète Mohammed, à qui on doit le Coran. Les conteurs de ces fameux miracles du Coran l’ont bien compris, la plupart des gens qui écouteront ces discours n’iront pas vérifier les sources des informations données…

Pourtant, il n’est pas très compliqué de comprendre qu’il ne s’agit que d’une manipulation de la part de ces orateurs. Je ne vais pas tenter de vous expliquer ces “miracles” vraiment scientifiquement, d’autres l’ont déjà très bien fait, soit par écrit ou en vidéo.

 

 

Public visé

Il est très intéressant de constater que ces conférences sont en anglais, dans un décor soigné, avec une mise en scène très “universitaire”. On a l’impression qu’elles visent un public de classe moyenne éduqué et/ou international, qui croit en la science mais n’en pas expert pour autant. Mon amie Sana, qui m’a montré cette vidéo en présence des membres de sa famille, fait partie de cette catégorie (étudiante en médecine).

 

 

Financement de ces “miracles” et légitimité de l’orateur

Une brève recherche sur l’orateur Zakir Naik permet de se rendre compte que les propos de cet homme sont sans cesse sujets à polémique. Zakir Naik clame notamment que “l’Islam est la seule religion capable d’apporter la paix” ou prône la peine de mort pour les musulmans reniant leur foi et les homosexuels. Il a également été récompensé en Arabie Saoudite pour ses actions…

D’ailleurs, en approfondissant le sujet, j’ai appris que les recherches sur ces fameux “miracles” du Coran sont financées, en millions de dollars, par l’Arabie Saoudite depuis 1984 – et conduites par un mystérieux institut: “la commission des signes scientifiques du Coran et Sunna”. Déjà bien plus tôt, il est apparu que l’Arabie Saoudite avait une stratégie d’influence destinée à diffuser sa doctrine religieuse. De quoi se poser de sérieuses questions… Dans tous les cas, il est intéressant de se pencher plus généralement sur la question de l’interprétation des textes religieux pour comprendre ces dérives.

 

 

II. Interprétation des religions

 

C’est un vaste et complexe sujet, qui pourrait être développé bien plus en profondeur, mais voici quelques exemples de raisonnement qui explique qu’il est absolument impossible de connaître avec certitude le sens précis de tels ouvrages;

 

  • Langues anciennes versus Langues modernes

Les grands livres religieux ont été écrits il y a plusieurs siècles dans des langues “anciennes”. Ainsi, le Coran a été écrit en “Arabe classique”, une langue légèrement différente de l’Arabe moderne. Il existe également des différences dans le sens des phrases après traduction, de l’ancienne langue à la moderne – et cela ne concerne pas uniquement la langue Arabe!

  • Consonantisme / Vocalisme

Dans certaines langues anciennes, les écrits ne contenaient pas de voyelles ou d’intonations, qui ont été rajoutées par la suite lors de la transcription en langue moderne. C’est le cas notamment de l’Arabe, ce qui amène à des transcriptions modernes qui peuvent différer par rapport au sens premier employé.

  • Le sens des mots

Dans n’importe quelle langue, un mot peut avoir plusieurs sens selon le contexte, impliquant plusieurs interprétations possibles. À cela s’ajoute la multitude de sens possibles d’un mot traduit dans une autre langue, rendant la traduction d’un ouvrage entier très difficile pour conserver le sens le plus proche des mots écrit dans le livre original.

 

 

III. Le danger des interprétations

 

La plupart des religions sont basées sur des livres sacrés. Traduits d’une langue ancienne à une langue moderne, mais aussi dans d’autres langues, avec des mots pouvant avoir plusieurs sens ou contenant des figures de style particulière comme des métaphores; ces livres infiniment copiés finissent par perdre le sens original du message. Il en résulte, à l’heure actuelle, une multitude d’interprétations différentes des religions.

Par expérience, j’ai pu constater que beaucoup de croyants n’avaient jamais réellement lu en entier le livre sacré sur lequel repose leur religion, et que l’apprentissage de la religion auquel ils se vouent s’est fait à l’aide d’un biais extérieur (dires de leur famille, prêtres/imams, professeurs, conteurs, théologiens, …). C’est comme cela, entre autres, que des kamikazes existent: des “prédicateurs” les poussent à se suicider (pratique normalement interdite par l’islam) en les faisant passer pour des “martyrs”, chose devenue possible dans les années 80… D’après ces “prédicateurs”, il serait même écrit dans le Coran que les martyrs iraient au paradis avec 72 vierges rien que pour eux. Mais selon de récentes recherches sur les interprétations du texte au cours du temps, il pourrait s’agir non pas de 72 vierges, mais de 72 raisins, denrée très chère à l’époque… Cependant, utiliser les religions pour contrôler des individus n’est pas nouveau. Si un livre sacré se retrouve comme sujet principal des journaux ou chaînes de télévision, les citoyens auront moins de temps libre pour cultiver d’autres connaissances ou développer leur sens critique. Les éditeurs, producteurs, propriétaires de ces canaux d’informations peuvent tout à fait choisir la façon dont le sujet sera traité.

 

Un autre exemple, celui du voile (hijab)

Il est absolument indéniable de dire que lors de notre aventure, après avoir été hébergés par plusieurs centaines de personnes à travers le monde, les musulmans ont le sens de l’hospitalité! Nous avons donc énormément d’ami(e)s avec qui nous avons pu échanger à ce sujet: “pourquoi portes-tu le voile?”, “parce que c’est écrit”. Alors que d’autres, tout aussi musulmans, ne le portent pas et m’expliquent le contraire (exemple à ce lien).

Le résultat des recherches à ce sujet reste très controversé. Mais certains théologiens musulmans expliquent que le coran ne demande pas aux femmes de se couvrir, mais à tout le monde (femmes et hommes) de se vêtir de manière “modeste”. Il est question de “parler à travers un voile”. Comme vu précédemment, cette phrase peut être sujette à bien des interprétations! Cela peut même être une métaphore, signifiant simplement de garder ses distances. Certains voient même là un détournement par les hommes pour forcer uniquement les femmes à être “modestes”.

Pour cet exemple il n’y a pas de réel danger avec ces différentes interprétations, du moment que la tolérance règne. Mais mes convictions pour l’égalité des genres dans le monde ont été frappées lorsque la sœur de Sana tente de m’expliquer pourquoi le hijab est important, en comparant une femme voilée à une sucette encore emballée, et une femme non voilée à une sucette déballée et sale

 

 

Autres liens:
 

* Sana est un prénom d’emprunt

 

Julien de SerialHikers – Blog Voyage Alternatif

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